Anticosti: Québec s’associe à des dirigeants troubles

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Québec prend pour alliés des investisseurs français qui ont eu de sérieux démêlés avec la justice

Anne-Caroline Desplanques

JOURNAL DE MONTRÉAL, PUBLIÉ LE: VENDREDI 14 FÉVRIER 2014

Québec se lance dans l’exploration pétrolière à Anticosti avec une entreprise dirigée par un homme condamné pour fraude. Un autre partenaire de l’État dans l’aventure a aussi été associé à un homme accusé d’escroquerie.

Le gouvernement a annoncé hier avoir signé un contrat avec trois partenaires privés: les québécois Pétrolia et Corridor Ressources et le français Maurel & Prom.

Ce dernier est dirigé par un homme d’affaires fort connu: Jean-François Hénin. En 2006, il a été reconnu coupable aux États-Unis d’avoir menti à la Réserve fédérale américaine.

Du côté québécois, jusqu’en 2011, Pétrolia comptait sur son conseil d’administration la société suisse Pilatus Energy, dirigée par Loïk Le Floch-Prigent. Ex-patron du géant français Elf-Aquitaine, M. Le Floch-Prigent a été condamné en 2003 pour abus de biens sociaux, recel et abus de confiance. En 2012, il a aussi été emprisonné au Togo pour escroquerie.

PÉTROLIA ET PILATUS

Pilatus a déjà détenu plus de 10% des parts de Pétrolia, ce qui lui donnait droit à un siège sur le conseil d’administration. La société suisse a toutefois commencé à liquider ses actions de la québécoise avant l’aventure africaine de son trouble dirigeant. En 2008, elle détenait encore 6,09% des parts de Pétrolia. Depuis, elle n’a plus rien déclaré à la Bourse de Toronto quant à ses liens restants avec la compagnie québécoise.

«Ils ont cessé de reporter leur nombre de titres et ils n’ont plus à le faire», indique le porte-parole de Pétrolia, Jean-François Belleau. Il explique que, dans ces conditions, il lui est impossible de savoir précisément le nombre de parts de Pétrolia que Pilatus conserve. M. Belleau assure néanmoins que la société suisse n’a aujourd’hui «rien à voir dans la gestion quotidienne» de son entreprise. Appuyé par Ressource Québec, il indique que Pilatus aurait liquidé ses parts dernièrement.

«TRÈS GRAVE»

Appelé à commenter, le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir ne mâchait pas ses mots: «C’est scandaleux et irresponsable, dénonçait-il. Juste pour faire une annonce sexy, ils [les péquistes] sont prêts à s’acoquiner avec des escrocs. Lorsqu’on met 110 M$ de l’argent des Québécois, il faut faire des vérifications sur nos partenaires d’affaires. C’est très grave.»

«J’espère que ce n’est pas un dossier bâclé juste avant des élections. J’espère qu’ils vont faire des vérifications sérieuses», renchérissait François Bonnardel de la CAQ.

Du côté du PLQ, on s’inquiète particulièrement de la présence de Maurel & Prom qui aura un rôle prépondérant dans l’aventure, indique Charles Robert, du cabinet du chef libéral. Ressource Québec assure avoir «fait les vérifications qui s’imposaient». «Il s’est avéré que le dossier est conforme», indique la porte-parole Chantal Corbeil.

Le déficit du Québec plus important que prévu?

PM Shawi

 

Première publication 5 février 2014 à 10h50
Par Charles Lecavalier | Agence QMI

Le déficit budgétaire du Québec pourrait être plus important que prévu. Le gouvernement Marois n’est pas parvenu à combler un trou de 480 millions $ qui s’ajoutera au déficit de 2,5 milliards $ si rien n’est fait.

Lors de sa mise à jour financière de novembre, legouvernement Marois avait annoncé un trou de 400 millions $dans les fonds de retraite ainsi que des dépenses additionnelles de 80 millions $ causé par la tragédie de Lac-Mégantic et de son plan pour l’emploi.

«Ce qu’on a eu comme surprise ce sont les régimes de retraite. Il y a un montant important qu’il faut combler. C’est un défi», a admis le président du Conseil du trésor Stéphane Bédard en marge du caucus de son parti à Shawinigan.

Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, qui a débuté le processus de consultation pré-budgétaire, reconnaît que «ça exige un effort aux dépenses et nous continuons à travailler là-dessus.»

Il refuse toutefois de s’engager à livrer un budget avec un déficit de 2,5 milliards ou moins. «Dans le budget, on va remettre à jour les chiffres et le cadre financier», a-t-il expliqué. Ce budget devrait «ressembler» à ce qui a été annoncé dans la mise à jour.

Le ministre des Finances croit toutefois que son gouvernement «est en voie» d’atteindre l’objectif de 2,5 milliards de déficit, même si cela exige «un effort important du côté des dépenses.»

Un «deal» en fiducie

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Michel Hébert

JOURNAL DE QUÉBEC, PUBLIÉ LE: JEUDI 30 JANVIER 2014, 24H24 | MISE À JOUR: JEUDI 30 JANVIER 2014, 24H29

Ce «deal» d’exactement 2 999 999 dollars et 70 cents a été conclu en juillet 2008 avec la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité et la compagnie BLF, une entreprise impliquée dans l’immobilier et présidée par M. Blanchet.

Le «deal» incluait aussi une «convention» entre la SOLIM et la «Fiducie familiale Closerie dont les bénéficiaires sont les enfants de M. Blanchet», selon des documents officiels de la SOLIM et de BLF. La Closerie, c’était le nom de la célèbre résidence sur l’île Bizard.

Mais pourquoi impliquer une fiducie familiale dans cette affaire? Les fiducies familiales servent à aplanir les impôts et les revenus d’une entreprise en fiducie peuvent être distribués aux bénéficiaires sans imposition. Il s’agit d’un accommodement raisonnable, et tout à fait légal, avec le fisc.

Un détail avait fait sourciller la commission Charbonneau, jeudi dernier: pourquoi un investissement tout juste inférieur à 3 millions? C’est l’inoubliable Johnny Lavallée, l’ancien patron de la FTQ-Construction et ex-président de la SOLIM, qui avait donné la réponse: «C’était pour que ça reste à la SOLIM. À 3 millions, ça doit passer par le Fonds»… La SOLIM préférait gérer ce «deal»elle-même, pourquoi? On l’ignore encore.

Hier, Michel Arsenault, l’ancien président de la FTQ, a expliqué qu’il savait aussi que le «flo» Jean-Sébastien Marois-Blanchet, était employé chez BLF. Claude Blanchet et son fils ont quitté BLF en décembre 2013.

MAUVAIS POUR LE FOND

Finalement, ce «deal» aura été mauvais pour le Fonds. Des actions payées 30 cents revendues six fois moins cher… Les Joyeux naufragés de la marine Accurso l’ont eu dans l’os!

Mais Michel Arsenault avait autre chose en tête. Il espérait pouvoir utiliser ce«deal» en fiducie pour faire des pressions sur Pauline Marois. Quand il le faudrait. «Une farce plate», a-t-il dit, hier. Mais Arsenault y avait cru: la FTQ prévoyait que Pauline Marois finirait première ministre du Québec et qu’une association avec son mari serait éventuellement utile… Coincé, le retraité a avoué que ça n’avait pas été une «bonne idée»…

Fonds de solidarité FTQ: Élaine Zakaïb sur la sellette

zak marois
DENIS LESSARD La Presse

(QUÉBEC) Profondément embarrassée, l’ex-dirigeante du Fonds de solidarité FTQ, Élaine Zakaïb, aujourd’hui ministre péquiste, avait appris à son patron Michel Arsenault que la FTQ-Construction bloquait systématiquement dans la région de Montréal les projets susceptibles de faire ombrage à Tony Accurso.

Placée sur la sellette hier, après la divulgation d’une conversation téléphonique avec M. Arsenault au printemps 2009, la ministre Zakaïb a martelé n’avoir aucunement l’intention de démissionner, un geste que venait de réclamer Lise Thériault, ex-ministre libérale du Travail.

En point de presse, la ministre a soutenu qu’elle avait indiqué à M. Arsenault qu’elle avait mis fin à cette pratique, qui n’avait duré que quelques mois. Dans la conversation diffusée, toutefois, Mme Zakaïb expliquait plutôt au président Arsenault pourquoi elle ne pourrait lui donner une liste de projets de construction pour Montréal, comme il le lui demandait.

«Attends j’va fermer ma porte parce que c’est sûr qu’on sortira jamais ça public là», lance Mme Zakaïb au début de la conversation qui s’est tenue le 9 mars 2009. «Je veux que tu saches que tout ce qui avait été présenté autour de Montréal, que ce soit Montérégie, Laval, Montréal-Est ou Ouest, qui pouvait d’une manière ou d’une autre avoir, pis des fois là y étiraient l’élastique en bibitte là, de la compétition avec Accurso, y ont été bloqués pis on n’a pas pu les faire» dira-t-elle.

En point de presse, elle a précisé que la FTQ-Construction, dirigée alors par Jean Lavallée, stoppait le cheminement des projets qui faisaient concurrence aux entreprises de Tony Accurso en ne participant pas aux vérifications diligentes prévues. «Il n’y a rien d’illégal, aucun employé du fonds n’a posé de geste illégal», insiste-t-elle.

«Une complice»

Pour Lise Thériault, cette attitude est incompatible avec le rôle d’un ministre du gouvernement. «C’est une complice, elle a fermé les yeux sur la collusion, elle n’a pas le choix de démissionner». Avec ses fonctions actuelles, Mme Zakaïb a accès aux fonds de développement d’Investissement Québec, «est-ce que ce sera un bar ouvert réservé aux amis du PQ?» a lancé la libérale.

Pour Christian Dubé, de la Coalition avenir Québec, Mme Marois devrait immédiatement relever de ses fonctions la ministre Zakaïb. Il n’est pas d’accord avec celle-ci qui soutient qu’il n’y a rien d’illégal dans cette situation. Le Fonds bénéficie de généreuses concessions fiscales et il est inacceptable que des firmes aient été privées d’un accès équitable au financement du Fonds.

Selon Mme Zakaïb, la situation qu’elle avait révélée à Michel Arsenault «n’a duré que quelques mois», a-t-elle assuré, hier. À son souvenir, «deux ou trois projets» avaient été ainsi «détournés» par la FTQ-Construction qui avait fait arrêter l’étude de ces dossiers. «Ce n’était pas à la FTQ d’intervenir dans ce processus et dès que j’en ai eu connaissance, j’y ai mis fin» a-t-elle affirmé, soulignant que ce problème datait de la période où Henri Massé dirigeait la FTQ.

«Le moins j’en sais, le mieux j’me sens»

Dans l’échange téléphonique capté par l’enquête Diligence, Michel Arsenault, qui était alors président de la FTQ, avait enjoint sa collègue Zakaïb à se taire sur le stratagème qui avantageait Accurso. «Ne parle de ça à personne pour l’instant», avait ordonné M. Arsenault, et Mme Zakaïb lui avait promis de se taire.

«Si ça vient sur le sujet, Élaine, j’me cacherai pas de Tony Accurso. On a fait des rendements de 15 et 20% par année avec lui depuis le début» lance-t-il.

Dans cette même conversation, Mme Zakaïb confiera aussi à M. Arsenault avoir parlé à Jocelyn Dupuis, l’ex-directeur général de la FTQ-Construction. «Il était venu me voir pis y m’a dit qu’y partait pour une histoire de compte de dépenses pis y a dit que si jamais ça sortait qu’y était pour entraîner Johnny Lavallée avec lui, il savait des affaires sur SOLIM pis sur Tony Accurso. Je suis entrée dans aucun détail. J’ai pas posé aucune question, parce le moins j’en sais le mieux j’me sens», avait laissé tomber la future ministre.

«À l’époque, il y avait des gens qui s’opposaient dans la structure syndicale, c’est pour ça que j’ai dit: ‘moins j’en sais, mieux je me porte’. Je ne voulais pas rentrer dans cette opposition entre Jocelyn Dupuis et Johnny Lavallée» a expliqué la ministre hier.

La SOLIM a fait une exception pour Claude Blanchet

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DENIS LESSARD La Presse

(Québec) La SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité, avait dérogé de ses habitudes quand elle avait injecté 3 millions $ dans Capital BLF, une société publique lancée par Claude Blanchet, l’époux de la première ministre Pauline Marois. Ni avant ni après la SOLIM n’a administré de valeurs mobilières.

Cette intervention, confient des sources présentes à la FTQ à cette époque, est clairement le «deal» auquel fait allusion Michel Arsenault le 20 avril 2009, dans une discussion avec l’ancien patron de la FTQ-Construction, Johnny Lavallée. M. Lavallée s’inquiétant d’un appui du PQ à une commission d’enquête sur la construction, Arsenault lui réplique que le PQ est «mal pris en ostie, parce qu’on a un deal avec Blanchet».

M. Lavallée soutenait que le PQ ne pourrait cautionner une enquête sur la construction, «embarquer dans ça, à cause que… s’ils embarquent dans ça, ils vont se faire ramasser eux aussi». À cette même époque, pendant qu’il était sur écoute par la SQ, M. Arsenault avait rencontré deux fois en privé Mme Marois qui était chef de l’opposition, notamment lors d’un souper au club 357 C. De Davos hier, Mme Marois a martelé à nouveau qu’il n’y avait jamais eu de «deal» pour que le PQ n’appuie pas une commission d’enquête. Les problèmes de la FTQ-Construction sont devenus publics en mars 2009. La députée adéquiste Sylvie Roy avait immédiatement réclamé une enquête, mais il aura fallu attendre septembre pour que le PQ réclame à son tour une commission d’enquête.

Des contrôles moins serrés

Arsenault sentait qu’il devait informer Lavallée de ce lien, parce que le courant n’a jamais passé entre MM. Blanchet et Lavallée. Claude Blanchet était vu comme l’homme de Louis Laberge, qui l’avait nommé à la barre du Fonds de solidarité auparavant. La SOLIM avait investi dans COMINAR, un autre fonds immobilier, mais le Fonds de solidarité avait tout de suite récupéré la gestion de cet investissement qui ne correspondait pas aux objectifs de la SOLIM, expliquent des sources internes, au coeur de ces décisions. Le 9 juillet 2008, par l’entremise de l’administrateur Guy Gionet, la SOLIM achète 9 999 999 actions de Capital BLF, au coût de 30 cents. En passant, à 30 cents près, tout juste en deçà des 3 millions$, la transaction évite une série de contrôles plus serrés. En gardant cet investissement à la SOLIM plutôt qu’au Fonds de solidarité, les contrôles étaient également moindres, expliquent des sources à l’interne. Hier, au Fonds de solidarité, on se refusait à commenter ce dossier parce qu’il était à l’étude à la commission Charbonneau.

Lors de sa comparution en commission parlementaire en décembre, Yvon Bolduc, le patron du Fonds de solidarité, reconnaissait avoir «vendu à perte» cette participation dans BLF pour faire entrer un nouvel administrateur susceptible de relancer l’affaire.

En 2008, après l’entrée en scène de la SOLIM, la valeur des actions s’était écroulée rapidement. En avril 2009, M. Blanchet achètera par exemple 240 000 actions, passées à cinq cents. M. Blanchet n’a pas retourné hier les appels de La Presse.

Avant que la SOLIM ne vienne à la rescousse de Capital BLF, Claude Blanchet avait tenté, avec insistance, d’intéresser des courtiers en valeurs mobilières à ce projet, avait à l’époque confié àLa Presse l’un des professionnels sollicités. Mais en 2008, toute la controverse autour des papiers commerciaux adossés à des actifs boiteux avait rendu les investisseurs frileux à l’égard des fonds immobiliers. En décembre dernier, Claude Blanchet quittait son poste de président de Capital BLF, après avoir obtenu 694 000$ en frais de gestion – il perdait 85 000$ sur la valeur de ses actions. Marc Marois, le frère de la première ministre, avait vendu en même temps ses 40 000 actions à 8,50$ pièce – les actions ont été converties à un ratio de 40 pour 1 en août 2013, leur valeur réelle est d’environ 36 cents, si on veut les comparer avec celles achetées 30 cents par la SOLIM en 2008.

Rapports particuliers

Capital BLF avait eu, depuis le début, des rapports bien particuliers avec la SOLIM. Quand le Fonds de solidarité avait donné un coup de barre en mai 2009, pour s’assurer d’une plus grande indépendance de la FTQ, après des semaines de controverse, le Fonds avait nommé Pierre Laflamme comme membre d’un nouveau «comité d’évaluation indépendant» pour scruter les décisions de la SOLIM. Or M. Laflamme, un ancien bras droit de Claude Blanchet à l’époque où il présidait la SGF, était en même temps administrateur de Capital BLF, une situation vraiment particulière, confient des sources informées de ces tractations. Parmi les administrateurs de BLF, on retrouvait plusieurs proches de M. Blanchet, dont Dino Fuoco, un ancien de la SGF, Frank Dottori, qui était dans le dossier Gaspésia, financé par le Fonds, et Philippe Morin, un administrateur de Kevlar, une firme de courtage. On y retrouvait aussi François Bourbonnais, employé de la SOLIM de 1999 à 2002.

En commission parlementaire, en décembre, Michel Arsenault et Yvon Bolduc avaient été interrogés sur cet investissement dans la firme de Claude Blanchet. Pierre Paradis, député libéral, s’interrogeait sur les raisons qui avaient poussé la SOLIM à injecter 1 million$ de plus que nécessaire dans la société – elle voulait acheter 5 millions un immeuble de 65 unités résidentielles pour lequel elle avait obtenu 3 millions$ de financement de la SCHL.

Élaine Zakaïb rencontrée par la procureure en chef de la commission Charbonneau

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Charles Lecavalier

PUBLIÉ LE: JEUDI 23 JANVIER 2014, 15H22 | MISE À JOUR: JEUDI 23 JANVIER 2014, 21H19

Élaine Zakaïb a rencontré la procureure en chef de la commission Charbonneau le 14 janvier.

Pauline Marois a révélé cette information lors d’un point de presse pour défendre l’intégrité de la ministre responsable d’Investissement Québec. La première ministre l’appuie totalement.

«Mme Zakaïb a toute ma confiance. Je crois qu’elle a répondu à toutes les questions utiles et pertinentes.

Elle a d’autre part répondu à la demande de la commission. Elle a témoigné auprès de la commission, répondu à toutes les questions», a lancé la première ministre ce matin lors d’un point de presse à Davos, en Suisse.

TEMPÊTE POLITIQUE

La ministre déléguée à la Politique industrielle n’avait pas révélé cette information lors d’une conférence de presse d’urgence en fin de soirée mercredi.

Élaine Zakaïb est au cœur d’une tempête politique au lendemain de la publication d’écoutes électroniques gênantes. La CAQ demande sa suspension immédiate et le PLQ exige sa démission.

Rappelons que Mme Zakaïb nie avoir fermé les yeux sur un stratagème d’investissement qui favorisait l’entrepreneur Tony Accurso lorsqu’elle travaillait au Fonds de solidarité FTQ.

«J’Y AI MIS FIN»

«Dès que j’ai eu connaissance de cette méthode, j’y ai mis fin», a plaidé Mme Zakaïb mercredi.

Elle n’a toutefois pas alerté les forces de l’ordre puisqu’«il n’y a rien qui était illégal dans cette façon de faire».

Lorsqu’elle a dit: «Le moins j’en sais, le mieux je me sens», elle faisait plutôt référence à la guerre de tranchées que se livraient Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis à la FTQ-Construction.

La ministre a été présidente-directrice générale des Fonds régionaux de la FTQ de 2004 à 2012.

Pour François Legault, la première ministre doit «suspendre la ministre le temps de savoir pourquoi elle a accepté l’ingérence de la FTQ-Construction.»

La libérale Lise Thériault a critiqué le comportement de Mme Zakaïb.

«Il aurait fallu qu’elle ouvre sa boîte et qu’elle appelle la police puis qu’elle prenne les mesures; pas dire: il m’a appelée, puis changer ses règles pour trouver c’est quoi, le problème.»

Michel Arsenault et Jean Lavallée avaient leurs «amis du PQ»

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DAPHNÉ CAMERON La Presse

Voulant éviter à tout prix une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, Jean Lavallée et Michel Arsenault voulaient se tourner vers leurs « amis au PQ ».

« S’ils veulent faire une enquête sur les syndicats, va falloir que tous les deux on s’assoie, pis parler à nos amis du PQ », lance Jean Lavallée, l’ancien président de la FTQ-Construction, à Michel Arsenault, le président sortant de la FTQ, dans une écoute électronique diffusée à la commission Charbonneau ce matin.

« Mon autre problème c’est ça là, ça l’air qui vont sortir de quoi avec le PQ », répond alors Arsenault.

« Faut pas que le PQ embarque dans ça. Si y’embarque dans ça, y vont s’faire ramasser eux autres aussi », dit Lavallée.

« Ben y sont mal pris en osti, parce qu’on a un deal avec Blanchet là », dit Arsenault.

Puis, avant de raccrocher, Michel Arsenault dit : « Le PQ ne touchera pas à ça… On va parler à Pauline ».

Questionné sur la nature du « deal » avec Claude Blanchet, l’ancien président du Fonds de solidarité et conjoint de la première ministre Pauline Marois, Lavallée a dit qu’il ne s’en souvenait plus. Il ne se souvient pas de l’avoir rencontré non plus.

L’écoute électronique présentée jusqu’à présent n’indique pas si Michel Arsenault a finalement parlé à Pauline Marois, alors chef de l’opposition. Si cette version des faits s’avérait, ses pressions auront été vaines, puisque le PQ a pris position en faveur de la tenue d’une commission d’enquête publique.

Quelques semaines plus tard, les policiers interceptent une autre conversation, cette fois entre Jean Lavallée et l’entrepreneur Normand Trudel, qui rappelons-le, a été arrêté en 2012 pour corruption. « Va falloir qu’on, qu’on s’parle avec le PQ pour pas faire en sorte (qu’il y ait une commission d’enquête) », dit Lavallée à Trudel. « J’pense pas le Parti Libéral en veut une enquête dans la construction. », ajoutera-t-il dans cet échange.

Lavallée affirme qu’il n’a finalement jamais rencontré des gens au PQ. « Ça ne s’est pas concrétisé », a-t-il dit à la commission.

Interrogé par le procureur Me Cainnech Lussiaà-Berdou, Jean Lavallée a aussi révélé que sa femme avait travaillé au PQ durant 10 ans, plus précisément au bureau du premier ministre. Il a aussi dit que la FIPOE, le syndicat des électriciens affilié à la FTQ que Lavallée a fondé et présidé, avait déjà assuré la sécurité durant des événements du PQ.

 

 

Réactions

Philippe Couillard, chef du PLQ : «C’est la responsabilité de Mme Marois de donner les explications, les éclaircissements. Ce qu’on a entendu c’est qu’il y a eu un deal, mais je pense que tout le monde au Québec veut savoir c’était quoi le deal. C’est à elle de répondre. Vous m’avez posé des questions sur les visites de la police à nos bureau. Est-ce que je me suis défilé ? Je suis venu répondre aux questions. C’est à elle de faire la même chose».

 

Lise Thériault, députée libérale, ancienne ministre du Travail: «Quand j’entends M. Arsenault dire qu’il a un deal avec Blanchet, je me demande sincèrement s’il n’a pas un moyen de pression indu sur la première ministre pour des choses qui ont été faites avec son mari, M. Blanchet. L’attitude du Parti québécois et de Mme Marois, depuis qu’ils sont au pouvoir, la manière dont ils ont géré les dossiers chaque fois que la FTQ construction était impliquée est assez claire. Ils ont toujours voulu garder leurs liens avec le Parti québécois et atténuer tout ce qui pouvait irriter la FTQ».

 

Bernard Drainville, ministre péquiste : «Ceux qui voudraient qu’on (le Parti québécois)  ne demande pas de commission, ils ont frappé un noeud. On l’a demandé pendant des centaines de périodes de questions, pendant trois ans. Et depuis qu’on est là, on a fait le ménage»

 

Michel Arsenault : joint hier, l’ancien président de la FTQ, n’a pas voulu donner de détails sur le «deal» qu’il avait conclu avec Claude Blanchet , le conjoint de Mme Marois pas plus que sur la conversation qu’il a soutenu avoir eu à ce sujet avec Mme Marois, des faits mis en lumière par l’écoute électronique à la commission Charbonneau, mardi. Dans ses échanges avec Johnny Lavallée alors à la tête de la FTQ construction, M. Arsenault indiquait qu’ils feraient des représentations pour convaincre le Parti québécois de ne pas réclamer de commission d’enquête sur la l’industrie de la construction. «Je vais réserver mes commentaires pour la Commission, si je suis appelé à témoigner» de soutenir M. Arsenault.

Pot-de-vin: Lavallée contredit Arsenault

Jean Lavallée a aussi lâché une petite bombe ce matin à la commission Charbonneau.

L’ancien président de la FTQ-Construction a déclaré que Michel Arsenault lui a déjà dit s’être fait offert un pot-de-vin de 300 000$ pour approuver un dossier. Une histoire que Michel Arsenault, le président sortant de la FTQ, nie depuis 2010.

En octobre 2010, La Presse révélait qu’un émissaire de l’entreprise de décontamination Carboneutre, liée à la mafia, avait rencontré Michel Arsenault en 2008 pour tenter d’obtenir un financement de 5 millions du Fonds de solidarité FTQ. Cette entreprise était notamment dirigée par Jocelyn Dupuis, de la FTQ-Construction.

Le dirigeant syndical Ken Peirera a déjà affirmé que Arsenault lui avait relaté cette rencontre, au cours de laquelle on lui aurait présenté une mallette contenant 300 000$.

«Je n’ai jamais eu d’offre de pot-de-vin de quelque nature que ce soit. Je n’ai jamais eu connaissance d’offres à des dirigeants de la FTQ. Je n’ai jamais, jamais eu d’offre de 300 000$ sur ma table (de la part d’un entrepreneur qui cherchait du financement) et je n’ai jamais dit à personne avoir reçu une telle offre», a répliqué M. Arsenault lors d’une conférence de presse en novembre 2010.

Ça ne vous a pas ennuyé de savoir que Michel Arsenault se soit fait offrir un pot-de-vin, a demandé, ce matin, l’avocat de la commission Me Cainnech Lussiaà-Berdou. «Si j’avais été présent, ça m’aurait dérangé, mais j’étais pas là», a répondu Lavallée.

Selon le témoignage de Lavallée, Michel Arsenault aurait été en « maudit » de s’être fait offrir de l’argent et ajouté « c’est clair que j’embarque pas dans ça».

La commission a par ailleurs cherché à savoir si Michel Arsenault aurait demandé à Lavallée de signer un affidavit pour nier cette histoire. Lavallée a répondu qu’il n’avait jamais signé un tel document.

Lavallée « frustré » de témoigner à la Commission

Le témoignage de Jean Lavallée en est à son quatrième jour. Après un départ plutôt lent et laborieux, les audiences sont entrées dans le vif du sujet aujourd’hui.

L’homme de 73 ans a cependant laissé entendre qu’il n’aimait pas l’exercice. « Je me sens frustré de passer devant cette commission », a-t-il dit. « Je passe pour un pas bon » et « je suis condamné d’avance », a-t-il ajouté.

« Je n’ai rien à me repprocher, j’ai travaillé comme un forcené durant 40 ans. »