Fonds de solidarité FTQ: Élaine Zakaïb sur la sellette

zak marois
DENIS LESSARD La Presse

(QUÉBEC) Profondément embarrassée, l’ex-dirigeante du Fonds de solidarité FTQ, Élaine Zakaïb, aujourd’hui ministre péquiste, avait appris à son patron Michel Arsenault que la FTQ-Construction bloquait systématiquement dans la région de Montréal les projets susceptibles de faire ombrage à Tony Accurso.

Placée sur la sellette hier, après la divulgation d’une conversation téléphonique avec M. Arsenault au printemps 2009, la ministre Zakaïb a martelé n’avoir aucunement l’intention de démissionner, un geste que venait de réclamer Lise Thériault, ex-ministre libérale du Travail.

En point de presse, la ministre a soutenu qu’elle avait indiqué à M. Arsenault qu’elle avait mis fin à cette pratique, qui n’avait duré que quelques mois. Dans la conversation diffusée, toutefois, Mme Zakaïb expliquait plutôt au président Arsenault pourquoi elle ne pourrait lui donner une liste de projets de construction pour Montréal, comme il le lui demandait.

«Attends j’va fermer ma porte parce que c’est sûr qu’on sortira jamais ça public là», lance Mme Zakaïb au début de la conversation qui s’est tenue le 9 mars 2009. «Je veux que tu saches que tout ce qui avait été présenté autour de Montréal, que ce soit Montérégie, Laval, Montréal-Est ou Ouest, qui pouvait d’une manière ou d’une autre avoir, pis des fois là y étiraient l’élastique en bibitte là, de la compétition avec Accurso, y ont été bloqués pis on n’a pas pu les faire» dira-t-elle.

En point de presse, elle a précisé que la FTQ-Construction, dirigée alors par Jean Lavallée, stoppait le cheminement des projets qui faisaient concurrence aux entreprises de Tony Accurso en ne participant pas aux vérifications diligentes prévues. «Il n’y a rien d’illégal, aucun employé du fonds n’a posé de geste illégal», insiste-t-elle.

«Une complice»

Pour Lise Thériault, cette attitude est incompatible avec le rôle d’un ministre du gouvernement. «C’est une complice, elle a fermé les yeux sur la collusion, elle n’a pas le choix de démissionner». Avec ses fonctions actuelles, Mme Zakaïb a accès aux fonds de développement d’Investissement Québec, «est-ce que ce sera un bar ouvert réservé aux amis du PQ?» a lancé la libérale.

Pour Christian Dubé, de la Coalition avenir Québec, Mme Marois devrait immédiatement relever de ses fonctions la ministre Zakaïb. Il n’est pas d’accord avec celle-ci qui soutient qu’il n’y a rien d’illégal dans cette situation. Le Fonds bénéficie de généreuses concessions fiscales et il est inacceptable que des firmes aient été privées d’un accès équitable au financement du Fonds.

Selon Mme Zakaïb, la situation qu’elle avait révélée à Michel Arsenault «n’a duré que quelques mois», a-t-elle assuré, hier. À son souvenir, «deux ou trois projets» avaient été ainsi «détournés» par la FTQ-Construction qui avait fait arrêter l’étude de ces dossiers. «Ce n’était pas à la FTQ d’intervenir dans ce processus et dès que j’en ai eu connaissance, j’y ai mis fin» a-t-elle affirmé, soulignant que ce problème datait de la période où Henri Massé dirigeait la FTQ.

«Le moins j’en sais, le mieux j’me sens»

Dans l’échange téléphonique capté par l’enquête Diligence, Michel Arsenault, qui était alors président de la FTQ, avait enjoint sa collègue Zakaïb à se taire sur le stratagème qui avantageait Accurso. «Ne parle de ça à personne pour l’instant», avait ordonné M. Arsenault, et Mme Zakaïb lui avait promis de se taire.

«Si ça vient sur le sujet, Élaine, j’me cacherai pas de Tony Accurso. On a fait des rendements de 15 et 20% par année avec lui depuis le début» lance-t-il.

Dans cette même conversation, Mme Zakaïb confiera aussi à M. Arsenault avoir parlé à Jocelyn Dupuis, l’ex-directeur général de la FTQ-Construction. «Il était venu me voir pis y m’a dit qu’y partait pour une histoire de compte de dépenses pis y a dit que si jamais ça sortait qu’y était pour entraîner Johnny Lavallée avec lui, il savait des affaires sur SOLIM pis sur Tony Accurso. Je suis entrée dans aucun détail. J’ai pas posé aucune question, parce le moins j’en sais le mieux j’me sens», avait laissé tomber la future ministre.

«À l’époque, il y avait des gens qui s’opposaient dans la structure syndicale, c’est pour ça que j’ai dit: ‘moins j’en sais, mieux je me porte’. Je ne voulais pas rentrer dans cette opposition entre Jocelyn Dupuis et Johnny Lavallée» a expliqué la ministre hier.

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