La banque de Babel

ANDRÉ PRATTE
La Presse

Les deux partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont fait savoir vendredi qu’ils voteront contre le projet de loi 36 créant la Banque de développement économique du Québec (BDEQ). Cette décision du Parti libéral du Québec et de la Coalition avenir Québec sonne le glas d’un des engagements électoraux importants du Parti québécois. Mais, quoi qu’en dise la ministre responsable, Élaine Zakaïb, il ne s’agissait pas d’«une journée triste pour le développement économique»; les seuls perdants sont les politiciens et les bureaucrates souffrant de structurite chronique.

La Banque de développement économique du Québec devait regrouper Investissement Québec (500 employés) et les services d’aide aux entreprises jusqu’ici offerts par le ministère des Finances (200 employés). Le gouvernement souhaitait créer ainsi un «guichet unique» pour les entrepreneurs à la recherche de soutien et de financement.

Malheureusement, cette bonne intention a accouché d’une organisation obèse et complexe. «Une tour de Babel», selon le libéral Sam Hamad.

Le mandat confié à la BDEQ aurait été excessivement vaste: appui à la création et à la croissance des entreprises, conception de stratégies économiques régionales, aide aux exportations, assistance à l’économie sociale, exploitation des ressources minérales, développement des technologies vertes, attraction des investissements étrangers… La Banque aurait compté trois filiales, deux conseils d’administration et un président-directeur général. Une structure «complexe et ingouvernable», selon l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques. Sur le terrain, elle aurait dû coordonner ses actions avec les 120 conseils locaux de développement (plus de 1000 employés) selon des modalités à définir. Guichet unique, vraiment?

La création de la BDEQ ne répondait pas à une demande des principaux concernés, les dirigeants des PME. Ce que ceux-ci réclament depuis des années au gouvernement du Québec, c’est qu’on réduise leur fardeau fiscal et réglementaire. Quel que soit le parti au pouvoir, Québec s’acharne plutôt à dessiner des organigrammes et à créer de nouveaux programmes: Investissement Québec, «super SGF», Financière du Québec, fin de la «super SGF», fin de la Financière, fusion d’Investissement Québec et de la SGF, Banque de développement… Les guichets changent et se multiplient.

Selon la compilation du journaliste Pierre Duhamel, de 2000 à 2009, le gouvernement du Québec a versé aux entreprises 6,1 milliards en subventions, presque trois fois la somme versée par l’Ontario. Pourtant, le Québec traîne toujours de la patte en matière d’investissements privés et de création d’entreprises. Compte tenu de ce résultat, élus et fonctionnaires devraient cesser de jouer aux apprentis sorciers et donner plus d’air aux entrepreneurs.

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