Une usine à gaz

JACQUES BRASSARD

Dans l’ADN du Parti québécois, il y a le gène de l’étatisme, ce qui se manifeste par la croyance que tout problème peut se résoudre par une intervention de l’État. C’est un gène qu’il partage avec toutes les composantes de la gauche : le NPD, Québec solidaire, les grandes corporations syndicales, les groupes écolos et les organismes communautaires.

Donc, lorsque la gauche identifie et examine un problème, qu’il soit de nature sociétale, économique ou environnementale, une sorte de réflexe conditionné entre immédiatement en jeu et l’intervention de l’État est aussitôt ciblée comme la plus adéquate des solutions.

C’est ainsi que dans sa plateforme électorale, le PQ met en évidence un problème économique d’une gravité évidente: le dépérissement du secteur manufacturier québécois qui, depuis 2003, «a perdu 138 000 emplois». Le PQ signale également que «les échanges internationaux sont en recul, le déficit commercial étant aujourd’hui de 25 milliards».

La conclusion d’un tel constat: «Il faut sortir des sentiers battus et redonner à nos entreprises les moyens pour réussir.» Jusque-là, tout va bien!

Solutions

Passons donc aux solutions. La première consiste à «créer une banque de développement économique du Québec». Donc, le gène de l’étatisme qui s’active.

Et l’on apprend que la nouvelle banque d’État intégrera les 17 bureaux régionaux d’Investissement Québec (500 emplois) et les 120 Comités locaux de développement (les CLD et leurs 1600 emplois) qui ont reçu en 10 ans près d’un milliard pour leur fonctionnement et les subventions.

Cette dépense provenant du Trésor public a-t-elle donné les fruits qu’on prévoyait? Peut-être que oui! Ou que non! Le sait-on? Pas sûr! Peu importe! La solution pour relancer l’économie, c’est la création d’une imposante superstructure étatique.

Les Français ont une expression pour désigner une créature de l’État de cette espèce. Ils appellent cela une «usine à gaz». Avez-vous déjà vu une usine à gaz? C’est un assemblage compliqué de tours, de tuyauteries, de réservoirs, de machineries. En administration publique, une «usine à gaz», c’est, par conséquent, une grosse patente hétéroclite avec beaucoup de salariés et un enchevêtrement d’itinéraires et de culs-de-sac. Donc, inefficace par nature. L’organigramme du ministère de la Santé en est un beau spécimen.

Il se pourrait fort bien que la nouvelle banque d’État québécoise ressemble à… une «usine à gaz».

La plateforme du PQ affirme aussi qu’il faut «revoir la fiscalité des entreprises pour accroître les investissements privés». Excellente idée, me direz-vous! Mais malheureusement, le gène de l’étatisme ayant prévalu, c’est la création d’une «usine à gaz» qui sera privilégiée.

Remodelage

Pourtant, quand on jette un regard sur les pays (Europe du Nord, Allemagne) qui ont réussi à ne pas sombrer dans un état de délabrement économique calamiteux, on constate qu’ils ont tous remodelé leur État-providence et redressé, via la fiscalité, la compétitivité de leurs entreprises.

Dans cette perspective, pourquoi le PQ n’a-t-il pas privilégié la proposition de sa plateforme qui prévoit «de réviser la fiscalité des entreprises pour stimuler les investissements privés»? Pourquoi avoir choisi de créer une «usine à gaz» (une banque de développement)? Parce qu’il croit, à l’instar du Parti socialiste français, que l’interventionnisme étatique est la recette idéale pour faire naître la croissance et créer de la richesse. L’état lamentable de l’économie française devrait normalement le convaincre du contraire. À propos, le gouvernement de François Hollande entend lui aussi mettre en place une banque d’État. Ah! La génétique!

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