Daniel Breton démissionne : méchants journalistes !

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Patrick Lagacé

La Presse

 

Personne ne peut mettre en doute la passion et l’engagement de Daniel Breton pour l’environnement. Malheureusement pour lui, et pour le PQ, il était devenu un boulet pour le gouvernement de Mme Marois. Par sa propre faute. Sa démission n’est pas une surprise.

Deux médias ont sorti des faits intrigants sur le ministre de l’Environnement, hier. La Presse a évoqué ceci : Daniel Breton s’est fait taper sur les doigts pour avoir enfirouapé l’assurance-chômage, pour fausse déclaration à Revenu Québec et pour avoir conduit alors que son permis était suspendu. TVA a révélé des décisions de la Régie du logement démontrant que Daniel Breton, jusqu’à tout récemment, ne jugeait pas nécessaire de payer son loyer. Il doit encore des milliers de dollars à des propriétaires de Montréal.

Les deux journalistes qui ont sorti ces histoires, Fabrice de Pierrebourg et Félix Séguin, sont pris à partie par les fans de Daniel Breton. On nous sort la ritournelle du Grand Complot du Grand Capital contre un homme qui fait peur aux intérêts commerciaux.

Je note sans m’étonner que quand La Presse en général et de Pierrebourg en particulier emmerdaient ces dernières années apparatchiks et élus du Parti libéral avec des histoires troublantes, les militants péquistes y voyaient, tout simplement, de l’information que le public devait connaître. Maintenant que c’est Daniel Breton qui se fait emmerder, eh bien c’est du salissage et une tentative de torpiller un homme de bien. Vive la politique partisane.

Ce qu’on reprochait à Daniel Breton n’avait pas la gravité d’une décision gouvernementale favorable à des gens qui ont donné des milliers de dollars au parti au pouvoir. Il faut être de mauvaise foi pour dire le contraire. Mais ce n’est pas banal non plus. Permettez que j’explique un peu.

Voici un homme qui, manifestement, a un problème à payer ses dettes (plusieurs mois de loyer en retard, Revenu Québec) et qui ne voit pas de problème à faire une fausse déclaration à l’assurance-chômage. Il ne voit pas non plus de problème particulier à conduire son véhicule automobile alors que son permis de conduire a été suspendu pour cause de conduite à haute vitesse. L’explication de précarité économique, explorée par Christian Dubois, adjoint parlementaire d’Amir Khadir, est plausible mais elle a ses limites, je crois.

Mes camarades journalistes sont tenus à une certaine réserve, ils ne sont pas chroniqueurs. Je ne suis pas tenu à cette réserve: Daniel Breton, quand on constate ces révélations faites hier, est au minimum une tête brûlée, dans le civil. Penser que c’est une tête brûlée dans le politique aussi, ce n’est pas de la science-fiction.

Je note un autre truc. Ce n’est qu’hier, en fin de journée, que le PQ a fini par confirmer que le Daniel Breton dont les registres du Revenu et de l’assurance-chômage affirmaient qu’il a de la misère à respecter les règles est le même que le Daniel Breton, ministre de l’Environnement. Selon Fabrice de Pierrebourg, M. Breton a nié avoir eu maille à partir avec le Revenu et l’assurance-chômage, quand l’équipe des communications du PQ lui a relayé ses questions. En fin de journée — magie — il a cessé de nier.

Donc, confronté (selon le verbe employé par Shirley Bishop, directrice des communications du Parti québécois) une première fois, Daniel Breton a nié les faits avancés par Fabrice de Pierrebourg. Après, il a confirmé. Si ce n’est pas mentir, ça, c’est quoi ?

Est-ce gravissime ?

Ce n’est pas comme favoriser l’émission de places en garderie aux amis du Parti. Ce n’est pas comme accepter des cadeaux d’un entrepreneur qui a tout à gagner d’une décision favorable du gouvernement. Mais on ne me fera pas avaler que c’est banal et que ça n’a pas sa place sur la place publique et que les journalistes font du sensationnalisme. Ces entorses, ce je-m’en-foutisme, ces mensonges de Daniel Breton, eh bien ils disent quelque chose sur sa personne. Mais si je comprends bien les fans du PQ et de l’ex-ministre, tout ce qui n’est pas du calibre de la Commission Charbonneau n’est soudainement plus une nouvelle ? Ok, bonne chance dans cet univers parallèle.

Deux observations…

Primo, M. Breton n’était pas convaincant avec ses démentis quant à sa conduite lors de cette visite au BAPE. Maintenant que je sais qu’il a tenté de donner des réponses fausses au PQ qui le questionnait à propos des interrogations de Fabrice, je ne vois pas pourquoi je devrais le croire quand il dit qu’il n’a pas tenté d’intimider les gens du BAPE : on sait désormais qu’il est capable de mentir quand il est dans le pétrin.

Deuzio, ces écarts de conduite — la conduite avec permis suspendu, le non-paiement chronique de loyers, l’amende du Revenu, la taloche de l’assurance-chômage — sont facilement vérifiables car ils sont documentés. Donc, il y a deux scénarios possibles, ici : 1) Daniel Breton n’a pas jugé bon d’informer la première ministre de ces faits quand il s’est lancé en politique 2) la PM savait car on l’a informée lors de l’enquête de la SQ sur le passé de Daniel Breton (ou celui-ci l’a mise au parfum) et elle a décidé de passer outre en le nommant ministre.

Dans les deux cas, c’est politiquement explosif pour le gouvernement. La démission de M. Breton désamorce une situation embarrassante pour Pauline Marois. Bienvenue en politique, où les lois de la gravité ne sont pas les mêmes que dans le militantisme. C’est plate, mais c’est ça.

La personnalité d’un ministre et ses convictions ont évidemment une influence sur la façon dont il mène sa barque. Mais ça ne fait pas foi de tout. Le mandat qu’il reçoit de son boss est aussi important, probablement plus. Si vous en doutez, tapez « MARC BELLEMARE » dans Google, pour vous rafraîchir la mémoire.

Traduction: Daniel Breton n’est pas le seul député péquiste capable d’être un ministre de l’Environnement fort, qui va se battre pour l’écologie avec combativité. D’autres pourraient le faire aussi. Tout dépend du mandat de la PM. Évidemment, une personnalité combative peut aider à piler sur les pieds du Grand Capital. Il y a Yves-François Blanchet, qui n’a pas de titre de ministre, par exemple. On me dit qu’il aime la planète, lui aussi. Il a la réputation d’un goon, aussi…

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