Financement des partis: Marois a déjà fait ce qu’elle dénonce

Pauline Marois
La Presse
Publié le 25 mai

(Québec) Pauline Marois souhaite rendre le financement des partis politiques plus «populaire» en abaissant le maximum des contributions de 3000 $ à 500 $. Mais il n’y a pas si longtemps, la chef péquiste était plutôt accueillante quand le secteur du génie-conseil lui envoyait des chèques de 3000 $.

Une consultation des contributions versées directement au PQ pour une éventuelle campagne à la direction, en 2007, jette une lumière différente sur les interventions des ténors du parti dans les dernières semaines.

En mai 2007, André Boisclair a annoncé son départ à titre de chef du parti. Conscient de la possibilité d’avoir à disputer la place à Gilles Duceppe, l’entourage de Mme Marois avait appuyé sur l’accélérateur. Ces contributions de 2007 sont compilées de façon distincte dans le rapport du Directeur général des élections.

Alors, 62 donateurs avaient contribué directement au PQ pour le financement de la campagne de Mme Marois, compte tenu du contexte, le trésor de guerre était impressionnant : 123 000 $, soit une moyenne de 2000 $ par donateur.

Une forte majorité (84%) des donateurs ont signé des chèques de plus de 1000 $, et 44 % ont donné le maximum, soit 3000 $, pour aider Mme Marois à accéder à la direction du PQ. L’opération était tout à fait légale, mais elle prend une couleur différente quand on se souvient des déclarations récentes des gros canons du PQ au cours des dernières semaines.

«Qui peut donner 3000 $, à part quelqu’un qui s’attend à quelque chose en retour ?» avait déclaré publiquement le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard. Son frère, Éric Bédard, avocat en vue de Montréal, avait pourtant donné 2975 $ au PQ en 2000, puis 1750 $ et 1000 $ les deux années suivantes.

Dans la controverse récente autour des «prête-noms», Mme Marois a donc adopté une position étonnante si on considère les pratiques de ses organisateurs il y a trois ans. «Vous êtes conscients que la personne qui donne 3000 $ ou 1000 $, et par la porte d’en arrière, par exemple, va se faire rembourser par l’entreprise. Nous dénonçons ces pratiques», avait soutenu Mme Marois en entrevue ce printemps.

Liste de donateurs

Québec solidaire avait déjà disséqué la liste des donateurs pour patiemment déterminer lesquels étaient en position de commandement dans des entreprises de génie-conseil. Le même travail portant sur les personnes qui ont versé des contributions au PQ pour la campagne de Mme Marois démontre qu’au moins les deux tiers des dons viennent de firmes de génie-conseil (80 000 $ des 123 000 $ recueillis).

Une somme de 25 000 $ vient de la société Axor, un des leaders de la construction à Montréal : Maurice Choquette, le contrôleur financier, a fourni 3000 $, tout comme Philippe Leblanc, un autre cadre, ainsi que Dany Whittom et Diane Racine, du service de la comptabilité. L’ingénieur Denis Courchesne et sa conjointe, Édith Langlois, ont versé chacun 2500 $, et l’ingénieur Jacques Grenier, président-directeur général, a donné 2000 $.

Le Groupe SM compte aussi des professionnels généreux. Une situation d’autant plus étonnante que le patron, Bernard Poulin, est depuis longtemps associé au Parti libéral du Québec, où son père oeuvrait déjà. Encore un chiffre rond, 20 000 $, peut être associé à cette firme. La vice-présidente au développement des affaires, Ginette Boivin, a fourni 3000 $.

Auparavant, Mme Boivin avait dirigé les campagnes de financement du PQ. Elle a dû changer de voie quand le rapport Grenier sur les conséquences provinciales des révélations de la commission Gomery a été rendu public, en juin 2006. Mme Boivin avait reçu de Jean Brault, patron de Groupaction, une vingtaine de chèques signés par des cadres de l’entreprise – la transaction avait même été faite au cabinet montréalais du premier ministre Lucien Bouchard. André Boisclair n’avait eu d’autre issue que de limoger cette employée efficace.

Parmi les autres donateurs de la firme de Bernard Poulin, le péquiste David Cliche a versé 3000 $. Il donnait beaucoup moins quand il était ministre dans le gouvernement Bouchard. Jocelyne Dumais et Pierre Côté ont aussi donné 3000 $. Carmen Pelletier, Linda Cartier, Chantale Letourneau, respectivement géographe, informaticienne et microbiologiste, ont versé 2000 $ chacune.

À Cima +, quatre personnes ont donné un total de 10 000 $, un autre chiffre rond. François Lafortune et Pierre Fabi, ingénieurs, ont versé 3000 $. François Plourde, vice-président, a donné 1000 $ tandis que sa conjointe, Céline Laporte, a donné 3000 $.

Deux employés de SNC-Lavalin, Réjean Carrier et Michel Crépeault, ont remis chacun 3000 $. Roche, le groupe-conseil de Québec, avait deux volontaires, André Côté et Alex Brisson, deux vice-présidents, qui ont versé respectivement 3000 et 2000 $. De la firme Genivar, Sophie Ménard a donné 3000 $ et François Perrault, 2000 $. De Tecsult, François Labelle, un directeur, a fourni 3000 $. Même Écolosol, une firme dont le PQ dénonce maintenant le comportement à Lachenaie, avait un représentant parmi les donateurs : Sylvie Chassé a fait un chèque de 1000 $.

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