Petite histoire d’une tentative avortée de corruption

Avec le recul, Guy Chevrette se demande s'il... (Le Soleil, Erick Labbé)
MICHEL CORBEIL
Le Soleil

(Québec) Ce n’est pas une enveloppe, mais deux mallettes pleines de billets de banque que l’ex-ministre Guy Chevrette s’est fait offrir pour le corrompre. Cela se passait en 1989. Les auteurs de la tentative se sont fait jeter dehors. Mais il n’y a pas eu de plainte à la police, sur le coup.

Mercredi, le politicien à la retraite et pdg du Conseil de l’industrie forestière du Québec est revenu sur une histoire qu’il a révélée pour la première fois en 2002. Une histoire qui n’a rien à voir avec les allégations de pot-de-vin, formulées par le libéral Vincent Auclair et l’ex-député péquiste Serge Ménard contre le maire de Laval, Gilles Vaillancourt.

La tentative a été effectuée, en pleine campagne électorale, au quartier général du Parti québécois (PQ), a-t-il évoqué. M. Chevrette était un des hommes forts du chef Jacques Parizeau, qui en fera son leader parlementaire au lendemain du scrutin.

Le scénario ressemble à un mauvais film de série B. Trois personnes ont sollicité une rencontre au bureau du député péquiste de Joliette : un Asiatique, s’est-il remémoré, une «grande madame qui se disait avocate» et un «autre monsieur» inconnu.

Avant de les rencontrer, Guy Chevrette a croisé Jean Royer, le chef de cabinet de M. Parizeau, qui présidait alors aux destinées du Parti québécois. Il l’a invité à l’accompagner. Celui-ci sera témoin, sans s’en douter, de l’offre d’un bakchich de 500 000 $, selon l’estimation de M. Chevrette. L’objet de la réunion : dissuader le PQ de vouloir appuyer une loi pour étatiser les jeux de vidéopoker.

«Les individus se sont mis à nous expliquer l’importance des emplois pour le Québec, de maintenir pour le privé un parc de vidéopoker, s’est souvenu Jean Royer. Une des trois personnes a commencé à expliquer à Guy Chevrette que la vie de député, c’est difficile, mal payé.»

Il y a deux mallettes, avec des fermetures éclair, et 250 000 $ dans chacune, a précisé celui qui travaille maintenant chez Loto-Québec. Une des personnes a même ouvert une des deux mallettes. «Ça s’est terminé là, a repris M. Royer. Chevrette s’est levé, en mettant fin instantanément à la rencontre et en les sacrant dehors.»

L’ancien député de Joliette a répondu qu’il n’y a pas eu de plaintes à la police tout simplement parce que «nous n’y avons pas pensé du tout. D’ailleurs, après qu’ils soient partis, on blaguait qu’on avait failli être riches».

M. Royer est revenu sur le contexte. «En campagne électorale, les choses vont vite. J’avais autre chose à faire que de leur courir après, en pleine rue, pour prendre leur numéro de plaque» d’automobile.»

Avec le recul, il se demande si ce n’est pas un traquenard qui a été tendu au Parti québécois. En 1989, le PQ ne se faisait pas d’illusion sur ses chances de former le gouvernement. Le libéral Robert Bourassa jouissait d’un robuste taux de satisfaction pour son gouvernement et «nous, nous faisons campagne sur la souveraineté. […] Je ne dis pas que c’était un piège [la tentative de corruption], mais donner autant d’argent à une formation politique destinée à former l’opposition…»

Une enquête policière a eu lieu après que Guy Chevrette eut dévoilé l’affaire. Les responsables policiers «étaient du même avis que moi, à l’effet que les noms [que les visiteurs avaient] déclinés» étaient pure invention.

«Que voulez-vous que je fasse de plus?»

Par ailleurs, Guy Chevrette a tenu à assurer qu’il n’a jamais «tabletté» le rapport qu’il avait commandé, en 1995, sur l’administration du maire Gilles Vaillancourt, à Laval, en banlieue de Montréal.

«J’ai émis un communiqué de presse, a-t-il souligné. J’ai moi-même rendu publiques les recommandations. Le maire Vaillancourt avait annoncé qu’il s’y conformerait. Que voulez-vous que je fasse de plus?»

S’il n’a pas poussé plus loin les démarches, c’est qu’il a été muté des Affaires municipales vers un autre ministère, a-t-il évoqué.

Par contre, «nommez-moi un autre ministre des Affaires municipales qui a eu le courage de faire enquête sur le maire de Laval», a-t-il lancé en évoquant le poids politique du maire Gilles Vaillancourt.

Dans Le Soleil mercredi, le vérificateur spécial mandaté à l’époque, Jacques Martin, déplorait le sort réservé à son rapport.

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