Pauline Marois n’a pas de regrets

pauline main

 

La chef du parti québécois (PQ), Pauline Marois, a affirmé dimanche à Sherbrooke que, si c’était à refaire, elle referait la même chose qu’en 1997, lorsque le gouvernement Bouchard au sein duquel elle était ministre avait mis à la retraite 1500 médecins et 4000 infirmières.

« À un moment donné, il y a des décisions qu’on doit prendre, qui exigent du courage, mais je crois qu’on l’a pris (sic) avec l’ensemble de la société québécoise. Et si c’était à refaire, je le referais, mais je ne souhaite pas à avoir à le refaire », a-t-elle déclaré.

Mme Marois a expliqué que cette décision était motivée par les difficultés financières de l’époque: « Quand on a pris le gouvernement en 1994, on avait 5,7 milliards de déficit, de déficit vrai, on n’avait pas assez d’argent pour payer les services qu’on rendait, on ne construisait pas des hôpitaux. On payait les médecins et les infirmières, on payait les services sociaux et l’éducation. »

« Bonne ou mauvaise décision? Moi, je n’aurais pas souhaité qu’on fasse ça, ça ne me faisait pas plaisir, mais après coup, j’étais contente quand j’ai pu réinvestir de l’argent en éducation, en santé, parce qu’on avait retrouvé justement une certaine santé financière. »- Pauline Marois

La chef péquiste a rappelé que ces mises à la retraite avaient été décidées en concertation avec les syndicats et les professionnels.

« On a fait une immense corvée au Québec, on a réuni autour de la table autant des représentants de médecins, que des syndicats de travailleurs et des entreprises, puis on a dit: « Qu’est ce qu’on fait? » On se retrousse les manches, puis on ramène notre budget à l’équilibre. Déficit zéro, c’était l’objectif qu’on a, qu’on s’est fixé ensemble. »

La faute à Charest

Pauline Marois a souligné que de toute manière les médecins et les infirmières, qui étaient touchés par la décision de son gouvernement en 1994, seraient tous à la retraite aujourd’hui. Dès lors, elle ne comprend pas pourquoi le chef libéral continue à accabler les péquistes de tous les maux du secteur de la santé.

D’après elle, Jean Charest n’est plus en bonne position pour critiquer le travail de l’ancien gouvernement.

« Ça fait six ans que [Jean Charest] est là, c’est pire qu’avant. […] Il n’a pas de leçons à nous donner », a-t-elle affirmé.

Charest à bras raccourcis

Rapide comme l’éclair, Jean Charest a immédiatement commenté les propos de sa rivale péquiste, lors de son passage en Abitibi.

« Je pense que beaucoup de Québécois vont tomber en bas de leur chaise aujourd’hui. Il y a du monde qui vont être choqués d’entendre ça, d’autant plus qu’on en porte toujours les cicatrices aujourd’hui. 1500 médecins mis à la retraite, 4000 infirmières, 1800 infirmières auxiliaires, moi je n’en croyais pas mes oreilles », a-t-il déclaré.

Depuis le début de la campagne électorale, le chef libéral a critiqué à plusieurs reprises Pauline Marois au sujet de la mise à la retraite de médecins et d’infirmières sous le gouvernement péquiste.

Il est fort à parier que cette sortie de Mme Marois lui fournira de nouvelles munitions.

« Cette déclaration est malheureuse et démontre clairement que Mme Marois n’a pas appris de ses erreurs. »- Jean Charest

« Alors que les mises à la retraite massives ont eu des conséquences néfastes sur l’accessibilité à des soins de santé au Québec, Mme Marois, affirme aujourd’hui n’exprimer aucun regret. Je trouve que c’est manquer de sensibilité envers les patients qui ont vécu les effets de ces mises à la retraite, et envers ceux qui en subissent encore les conséquences aujourd’hui », a ajouté Jean Charest dans un communiqué

Le chef libéral estime que cette décision est « directement responsable du manque d’accessibilité aux soins de santé au Québec ».

L’ADQ veut des excuses

Les propos de Mme Marois ont également fait réagir le candidat adéquiste dans La Peltrie, Éric Caire, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé.

« Ça a été la pire erreur politique en matière de santé de l’histoire du Québec et, plutôt que de faire son mea culpa, Pauline Marois en rajoute. Elle n’a de toute évidence rien appris de ses erreurs. Elle est un véritable danger pour le système de santé québécois », a déclaré Éric Caire.

Il a invité la chef péquiste à se raviser, voire à s’excuser rapidement. « Le premier ministre de l’époque, Lucien Bouchard, a eu la lucidité d’avouer qu’il s’agissait d’une mauvaise décision. […] La chef péquiste doit rapidement faire preuve d’un minimum d’autocritique et s’excuser pour sa mauvaise décision qui a eu et a encore des effets dévastateurs dont ont gravement souffert les patients québécois », a-t-il conclu.

Un médecin pour chaque citoyen

Cette déclaration de Pauline Marois risque d’éclipser son annonce faite dimanche à Sherbrooke.

Après un enfant, une place en garderie, elle a fait dimanche un autre engagement: Un Québécois, un médecin.

La chef péquiste a promis que chaque Québécois aura accès à un médecin de famille d’ici cinq ans.

Pour y parvenir, la chef péquiste entend créer 150 nouveaux groupes de médecins de famille. Elle déplore que, depuis leur arrivée au pouvoir en 2003, les libéraux n’ont créé que 178 groupes de médecins de famille, alors qu’en 2002, le gouvernement péquiste s’était engagé à créer 300 groupes d’ici la fin de 2005.

« Fini les discours. Fini les excuses. Fini le temps de mettre la faute sur le dos des autres comme Jean Charest le fait depuis le début de la campagne et depuis plus longtemps que ça. Il est temps […] de prendre soin des Québécois et des Québécoises. »- Pauline Marois

Pour augmenter le nombre de groupes de médecine familiale, Mme Marois souhaite assouplir les critères d’adhésion. Un éventuel gouvernement péquiste pourrait ainsi réduire le nombre de médecins nécessaires pour qu’un groupe de médecine familiale soit considéré comme tel. Actuellement, un groupe de médecine familiale est constitué de 8 à 12 médecins et de 2 à 3 infirmières. Mme Marois croit que, dans certaines régions, de plus petits groupes pourraient être acceptables.

Les infirmières des groupes pourraient aussi y travailler à temps partiel.

Elle propose également que les groupes de médecine de famille offrent davantage de services. Ainsi, des nutritionnistes, des travailleurs sociaux ou des inhalothérapeutes pourraient être intégrés dans ces groupes. Pauline Marois souhaite aussi l’élargissement des heures d’ouverture des groupes de médecine de famille et des CLSC.

En tout, Mme Marois indique que ces mesures nécessiteront des investissements supplémentaires de 135 millions de dollars sur trois ans. Elle estime que le budget global du système de santé demeurera à quelque 43 % du budget total de l’État.

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