Pauline Marois se fâche… et s’explique

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Ariane Lacoursière

Cyberpresse

Vendredi 28 septembre 2007

Pour faire taire la controverse immobilière qui l’entoure depuis quelques jours, Pauline Marois a invité pour la première fois des journalistes à visiter son domaine de l’Île-Bizard, hier après-midi. Si la chef du parti Québécois a refusé de montrer son manoir de trois étages évalué à près de trois millions de dollars, elle a accepté de faire circuler les médias sur les six acres de terres publiques situés à l’entrée de sa propriété.

« Il ne me fait pas nécessairement plaisir de faire ça aujourd’hui », a dit d’entrée de jeu Mme Marois. Mais elle a tout de même décidé de s’adresser aux journalistes « pour clarifier la situation ».

Samedi dernier, le journal The Gazette mettait en doute la légalité des transactions immobilières qui ont permis à Pauline Marois et à son mari, Claude Blanchet, de s’établir sur une terre agricole de 41,3 acres à l’Île-Bizard en 1992. En plus d’être zonée agricole, une portion de cette propriété est constituée de terres publiques.

L’histoire de La Closerie, le domaine du couple Blanchet-Marois, commence en 1990. Cette année-là, leur ami Henry Walsh achète pour 65 823,38$ une terre située dans l’ouest de l’Île-Bizard. Peu après, M. Walsh fait une demande auprès de la Commission de la protection des terres agricoles (CPTA) pour y construire une maison. Le 18 juin 1991, sa demande est rejetée.

Mais M. Walsh persévère. Il réitère sa demande en soutenant qu’il possède un droit acquis pour construire une maison même si sa terre est agricole. Selon la Loi sur le territoire agricole, si une maison occupée se trouvait sur une terre jusqu’en novembre 1978, un droit acquis est en effet accordé.

Hors (sic), une petite bicoque sans électricité habitée par un certain Marcel Turcotte de 1962 à 1980 se trouvait justement sur la propriété de M. Walsh. L’homme a occupé cette demeure à temps plein jusqu’en 1975, date à laquelle il a déménagé à quelques rues de là dans une maison plus moderne. M. Turcotte a toutefois continué de dormir dans son chalet quelques fois par semaine jusqu’en 1980. À la demande de Claude Blanchet, qui s’est impliqué dans la démarche, M. Turcotte a signé un affidavit en 1991 dans lequel il confirme qu’il occupait son chalet en 1978.

La CPTA a donc autorisé la construction d’une maison sur les terres agricoles de M. Walsh. En juin 1992, M. Walsh a vendu sa propriété à Claude Blanchet pour la même somme qu’il avait payée quelques mois plus tôt.

M. Walsh reconnaît avoir fait toutes ces démarches auprès de la CPTA pour le compte de Claude Blanchet. Mme Marois confirme également que M. Walsh, « un ami », a fait ça pour elle et son mari. Puisque Mme Marois était à l’époque ministre et que M. Blanchet travaillait pour un organisme public, ils voulaient éviter qu’on les accuse d’avoir usé de leur notoriété pour obtenir une faveur. Une entente signée entre M. Walsh et M. Blanchet convenait d’ailleurs de leur entente.

Hier après-midi, quand une journaliste a demandé à Mme Marois si cette entente ne ressemble justement pas à du trafic d’influence, la chef du PQ a explosé de rage. Elle a donné un puissant coup de poing sur la table et a crié : « Non, non, non, non, non ! C’est pas du trafic d’influence. Au contraire. Pour éviter que ça en ait l’air, c’est Henri Walsh qui a acheté le terrain. C’est Henri Walsh qui a fait les démarches ! »

Mme Marois a aussi précisé que, contrairement à ce que The Gazette prétend, jamais son mari n’a payé M. Turcotte pour obtenir son affidavit. Selon le quotidien, Claude Blanchet aurait donné 500$ à M. Turcotte pour qu’il signe l’affidavit. Mme Marois a qualifié ces accusations de « suppositions odieuses ». « Claude n’a jamais versé ni promis quoi que ce soit à M. Turcotte », a-t-elle martelé. La déclaration du journal est carrément mensongère et porte atteinte à notre réputation. » Selon Mme Marois, 500$ ont bel et bien été donnés à M. Turcotte, mais bien après que l’affidavit ait été signé. « Claude a voulu offrir à M. Turcotte un cadeau pour le remercier de tout le dérangement subi et du temps passé à trouver les documents. Il lui a donné 500$ quatre mois plus tard », a-t-elle assuré.

Terres gouvernementales

Peu après avoir acheté le terrain en 1992, M. Blanchet et Mme Marois ont construit leur manoir. Hier, Mme Marois a précisé que même si sept acres de terres publiques se trouvent sur son domaine, aucun bâtiment ni (sic) a été érigé. « Vous vous trouvez présentement sur les terres gouvernementales. Voyez-vous une maison ? » a-t-elle demandé aux médias.

Les six premières acres situées à l’entrée de La Closerie sont publiques. Il avait été envisagé que cette portion de terre accueille le prolongement de l’autoroute 40 dans l’ouest de l’île. Aucune maison ne s’y trouve, mais deux murets de pierre et une grille y ont été placés. Document à l’appui, Mme Marois a prouvé avoir obtenu l’accord du gouvernement en 1993 pour construire cette clôture. La chef du PQ s’est aussi défendue de bloquer l’accès aux terres publiques avec sa grille. « Sur le côté du terrain se trouve un passage qu’utilisent à l’occasion les véhicules tout-terrains et les motoneiges. Les gens peuvent y circuler librement », a-t-elle assuré.

La septième acre de terre publique de La Closerie se trouve un peu plus loin sur le domaine. Il s’agit d’un corridor qui traverse la propriété d’est en ouest. Si le prolongement de l’autoroute avait été construit, cette bande aurait servi à créer une nouvelle entrée vers la demeure de Mme Marois.

En 1993, le gouvernement a accordé un droit de passage au couple Blanchet-Marois. En 1994, pour avoir plus de droits sur les terres publiques, Claude Blanchet a signé un bail avec le gouvernement. Il a toutefois résilié ce bail en 1995 en apprenant qu’il était responsable de ce qui se passait sur ces lots. « Comme ils sont fréquentés par des motoneiges, nous ne voulions pas être tenus responsable si jamais un accident survenait », a-t-elle dit.

En 15 minutes, Mme Marois a donné sa version des faits, hier. Selon la politicienne, l’article publié dans The Gazette à quelques jours des élections partielles dans Charlevoix n’a été qu’une « vicieuse opération de salissage ». Elle a d’ailleurs entamé une poursuite contre le quotidien. « Vous savez qu’il y a des limites à dire n’importe quoi pour faire croire aux gens que des traitements de faveur sont accordés à certaines personnes et pas à d’autres ou (…) que parce qu’on fait de la politique on est automatiquement sous suspicion », a conclu Mme Marois.

***

La naissance d’un château

- 1962 : Le montréalais Marcel Turcotte loue une petite maison sur l’actuel terrain de Pauline Marois.

- 1975 : Marcel Turcotte déménage, mais il retourne épisodiquement dans son ancienne maison.

- 1978 : La Loi sur la protection des terres agricoles est adoptée.

- 1990 : Henry Walsh, l’ami de Claude Blanchet, achète le terrain sur lequel se trouvait la première maison de M. Turcotte.

- 1990 : Henry Walsh fait une première demande à la Commission de la protection des terres agricoles (CPTA) pour obtenir le droit de construire une maison sur ses terres. Cette demande est refusée.

- Septembre 1991 : Claude Blanchet approche Marcel Turcotte pour l’inviter à signer un affidavit dans lequel il affirme qu’il occupait sa maison en 1978. Grâce à ce document, la CPTÀ reconnaît qu’il existe un droit acquis de construire une maison sur les terres agricoles de M. Walsh.

- Décembre 1991 : Claude Blanchet donne 500$ à M. Turcotte pour le remercier d’avoir signé l’affidavit.

- Juin 1992 : M. Walsh vend ses terres à Claude Blanchet et à Pauline Marois. Un manoir de près de trois millions de dollars y est construit.

- 1993 : Parce que sept acres de leur propriété sont publiques, le couple Marois-Blanchet obtient du gouvernement un droit de passage.

- 4 novembre 1994 : Claude Blanchet loue la portion de sept acres de terres publiques qui se trouvent sur son terrain au ministère des Transports.

- 1er décembre 1995 : Claude Blanchet annule son bail, mais conserve son droit de passage.

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